Emplois en criminologie

Cette section présente les principaux milieux de pratique des criminologues et les clientèles auprès desquelles ils travaillent. Rappelons qu’on dénombre environ 2000 criminologues au Québec.

Le sondage de Lafortune et Lusignan (2004) indique que la grande majorité des criminologues (79 %) travaillent dans les milieux de pratique clinique tandis que 21 % se retrouvent dans les milieux gouvernementaux, administratifs, policiers ou universitaires.

Environ le tiers de l’ensemble des répondants (34 %) travaillent dans les Centres jeunesse, le quart (24,3 %) oeuvre pour le ministère du Solliciteur général du Canada, 20,2 % pour les milieux communautaires et 11 % pour le ministère de la Sécurité publique du Québec. Les autres travaillent dans des milieux d’enseignement ou des centres de réadaptation pour alcooliques ou toxicomanes. Malheureusement nous ne disposons de données régionales sur le nombre ou la répartition des criminologues.

Dans le champ de la criminologie, on distingue généralement deux principaux milieux d’intervention et de recherche, soit les milieux communautaires et les instances formelles de la justice pénale.

 
L’intervention en milieu communautaire

En intervention communautaire, les criminologues se concentrent sur le rétablissement des contrevenants en communauté, le dépistage et l’intervention précoces ainsi que sur la lutte contre la déviance et la marginalité au sens large (ex. : probation, travail de rue, interventions en milieu scolaire, prévention situationnelle).

Ainsi, le mandat dont héritent les criminologues dans ce champ particulier de compétences est à la fois complexe et ambigu et comporte de multiples fonctions plus ou moins conciliables. La première fonction en est une de soutien et d’accompagnement. Il s’agit en quelque sorte d’interventions de type thérapeutique, proches de la relation d’aide, où il est question d’écouter, de reformuler, de clarifier, de soulager et de comprendre. Bien souvent, le travail d’accompagnement comporte une dimension de « responsabilisation » quant aux actes commis étant donné l’importance des attitudes défensives chez plusieurs contrevenants. La deuxième fonction a une visée d’éducation. Comme le milieu d’intervention devient souvent un milieu socialisant substitutif, les fonctions alors exercées par les criminologues renvoient à celles qui sont traditionnellement prises en charge par les éducateurs naturels soit des fonctions de guidance et surtout de transmission de valeurs socialement prévalentes. Ainsi, les criminologues agissent afin de permettre une intégration des normes sociales et la modification des comportements conflictuels. La troisième fonction est celle de médiation. Il arrive que le criminologue soit amené à intervenir dans des conflits qui opposent le contrevenant à un proche, un codétenu, une victime, un établissement ou encore la collectivité. Selon Bernard (2002)9, une gestion de tels litiges consiste généralement à clarifier, à poser ou à formuler autrement les différends qui opposent les parties. Il s’agit véritablement d’une médiation lorsqu’elle est exercée dans un contexte libre et volontaire et que le seul mandat du médiateur consiste à gérer le processus avec impartialité. La quatrième et dernière fonction est celle de négociation. La gestion des litiges devient une négociation lorsqu’elle s’inscrit dans un contexte d’autorité et qu’un cadre de règlements est imposé à l’une ou l’autre des parties. Le criminologue est alors lié par un mandat (ex. : de protection sociale ou de contrôle/surveillance), il n’est plus neutre ni impartial mais plutôt délégué, mandaté ou représentant.

Concrètement, ces quatre fonctions principales du criminologue (soutien/accompagnement, éducation, médiation et négociation) s’exercent dans les centres locaux de services communautaires (CLSC), les centres de thérapie et de désintoxication, les organismes communautaires oeuvrant auprès de clientèles judiciarisées, les groupes de défense des droits des détenus ou les centres d’hébergement pour femmes et enfants victimes de violence familiale. Bien que ces divers lieux d’intervention ne fassent pas formellement partie du noyau dur des instances intégrées au système de justice pénale (ex. : police, tribunaux, institutions carcérales), leur rôle n’en est pas moins primordial puisque les clientèles qui fréquentent ces lieux davantage communautaires ont (ou ont eu) très souvent des démêlés avec la justice pénale. Ainsi, le criminologue en milieu communautaire est régulièrement appelé à interagir avec les instances formelles de la justice pénale.

 
Les instances formelles de la justice pénale

Les instances de la justice pénale constituent le deuxième lieu d’intervention et de recherche du criminologue. En fonction du degré de prise en charge auquel sont soumises les différentes clientèles, il est possible de diviser les milieux de pratique en deux grandes catégories soit : les milieux ouverts (libération conditionnelle, ordonnance de probation, ordonnance de travaux communautaires, peine avec sursis et différents programmes d’encadrement en milieu ouvert) et les milieux fermés (institutions d’enfermement). En plus d’effectuer des fonctions similaires à celles dévolues aux criminologues intervenant en milieu communautaire (réinsertion en communauté, dépistage et intervention précoces, lutte contre la déviance et la marginalité), le criminologue évoluant au sein des instances formelles de la justice pénale se concentre également sur les fonctions suivantes :

  • l’évaluation de la dangerosité et du risque de récidive
  • l’élaboration et la gestion d’un plan correctionnel
  • la surveillance des contrevenants dans les programmes de mise en liberté sous condition

Plus de 2000 criminologues interviennent au sein des milieux communautaires et des instances formelles de la justice pénale et ce, dans toutes les régions du Québec. Ils se retrouvent dans divers secteurs tels que les centres de détention provinciaux et les services de probation (réinsertion sociale des détenus), les pénitenciers fédéraux et les libérations conditionnelles, à la Direction de l’évaluation et des services en milieu ouvert, au sein de certains ministères (Santé Canada, Service correctionnel Canada, Bureau de l’Enquêteur correctionnel du Canada, Défense nationale, ministère de la Justice, Douanes Canada, etc.), dans les hôpitaux oeuvrant en psychiatrie légale, les centres résidentiels communautaires / maisons de transition ainsi que dans les milieux policiers ou les Centres jeunesse.